N° XVI. LA MAISON DIEU OU CHÂTEAU DE PLUTUS

Pour le coup, nous avons ici une leçon contre l’avarice. Ce tableau représente une Tour, qu’on appelle Maison-Dieu, c’est-à-dire, la Maison par excellence ; c’est une Tour remplie d’or, c’est le Château de Plutus : il tombe en ruine, & ses Adorateurs tombent écrasés sous ses débris.

A cet ensemble, peut-on méconnoître l’histoire de ce Prince Égyptien dont parle Hérodote, & qu’il appelle Rhampsinit, qui, ayant fait construire une grande Tour de pierre pour renfermer ses trésors, & dont lui seul avoit la clef, s’appercevoit cependant qu’ils diminuoient à vue d’œil, sans qu’on passât en aucune manière par la seule porte qui existât à cet édifice. Pour découvrir des voleurs aussi adroits, ce Prince s’avisa de tendre des pièges autour des vases qui contenoient ses richesses. Les voleurs étoient les deux fils de l’Architecte dont s’étoient servi Rhampsinit : il avoit ménagé une pierre de telle manière, qu’elle pouvoit s’ôter & se remettre à volonté sans qu’on s’en apperçut. Il enseigna son secret à ses enfants qui s’en servirent merveilleusement comme on voit. Ils voloient le Prince, & puis ils se jettoient de la Tour en bas : c’est ainsi qu’ils sont représentés ici. C’est à la vérité le plus beau de l’Histoire, on trouvera dans Hérodote le reste de ce conte ingénieux : comment un des deux frères fut pris dans les filets : comment il engagea son frère à lui couper la tête : comment leur mère voulut absolument qui celui-ci rapportât le corps de son frère, comment il alla avec des outres chargés sur un âne pour enivrer les Gardes du cadavre & du Palais : comment, après qu’ils eurent vidé ses outres malgré les larmes artificieuses, & qu’ils se furent endormis, il leur coupa à tous la barbe du côté droit, & leur enleva le corps de son frère : comment le Roi fort étonné, engagea sa fille à se faire raconter par chacun de ses amants le plus joli tour qu’ils eussent fait : comment ce jeune éveillé alla auprès de la belle, lui raconta tout ce qu’il avoit fait : comment la belle ayant voulu l’arrêter, elle ne se trouva avoir saisi qu’un bras postiche : comment, pour achever cette grande aventure, & la mener à une heureuse fin, ce Roi promit cette même sienne fille au jeune homme ingénieux qui l’avoit si bien joué, comme à la personne la plus digne d’elle : ce qui s’exécuta à la grande satisfaction de tous.

Je ne sais si Hérodote prit ce conte pour une histoire réelle, mais un Peuple capable d’inventer de pareilles Romances ou Fables Milésiennes, pouvoit fort bien inventer un jeu quelconque.

Cet Écrivain rapporte un autre fait qui prouve ce que nous avons dit dans l’Histoire du Calendrier, que les statues des Géans qu’on promène dans diverses Fêtes, désignèrent presque toujours les saisons, Il dit que Rhampsinit, le même Prince dont nous venons de parler, fit élever au Nord & au Midi du Temple de Vulcain deux statues de vingt-cinq coudées de haut, qu’on appelloit l’Été & l’hiver : on adoroit, ajoute-t-il, celle-là, & on sacrifoit, au contraire, à celle-ci : c’est donc comme les Sauvages qui reconnoissent le bon Principe & l’aiment, mais qui ne sacrifient qu’au mauvais.

Court de Gébelin, Antoine. Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s