Le Mat

Sa place dans l’ordre du Tarot, s’explique parce que comme exercice spirituel, n’est pas de nature à résumer la série entière des 21 méditations sur le Tarot, à jouer le rôle du dernier accord de l’expérience que rend possible le symbolisme du Tarot.

Cette Lame n’est précisée par aucun nombre, car il aurait fallu mettre 0 ou 22. Elle ne peut être 0, sans quoi le Mat représenterait l’indéfini universel alors qu’il est mobile et symbolise un passage de l’évolution. Elle ne peut, d’autre part, être caractérisée par le chiffre 22, c’est-à-dire par deux passivités, impliquant une inaction, ce qui est absolument contraire à l’allure du personnage représenté sur la Lame.

Le Fou correspond à la lettre Schin, son nombre est 21 et son nom ésotérique est l’Amour.

La Lame représente un homme en habit de bouffon qui chemine en s’appuyant sur un bâton et porte une besace pendue à un autre bâton qu’il maintient sur son épaule droite. Tout en marchant, il est attaqué, par derrière par un chien qui déchire ses chausses.

Le Fou se dirige vers la droite, c’est le Fou du Bien et pas du Mal, ce qui est aussi évident du fait qu’il ne se défend pas contre le chien qu’il pourrait aisément chasser de son bâton.

Les idées, les Archétypes, les Arcanes, sont sans âge. Seule leur représentation imagée, peut être attribuée à une époque déterminée. Les Arcanes du Tarot sont plus que des symboles, ils sont des Archétypes actifs initiateurs, des entités magiques.

Don Quichotte, le chevalier errant est le Fou médiéval,

Orphée, c’est la souffrance d’être séparée par la mort de l’âme bien-aimée portée à un tel degré qu’elle devient magie, magie surmontant le fleuve du sommeil et de l’oubli et de la mort qui sépare les défunts des vivants.

Le Juif errant, ou Adhasvérus, est l’archétype de l’autre immortalité, celle de la Mort. Il représente le principe et l’âme de la magie aspirant à la coagulation du corps vital au point qu’il devienne pierre trop dure pour la faux de la mort. Tu es non dignus ut intres sub tectum meum.

Le doute est plus qu’un état psychologique d’indécision; il est le séjour de l’âme dans la sphère intermédiaire entre les deux champs d’attraction céleste et terrestre, d’où il n’y a aucun autre moyen de sortir que par l’acte pure et simple, issu de l’âme elle-même; acte de la personnalité libre en face du silence complet de la terre et du ciel. Or Hamlet, est l’archétype de l’épreuve dont l’enjeu est l’acte de foi ou le désespoir de la folie.

Faust est l’archétype dominant de l’après Moyen-Âge, c’est l’épreuve des désirs satisfaits. Comme si le Prince de ce monde avait obtenu le pouvoir de satisfaire tous les désirs de l’humanité contemporaine, afin de démontrer que la jouissance et la puissance du monde d’ici-bas, que le relatif et le passager peuvent faire oublier à l’homme l’Absolu et l’Éternel, lui faire oublier Dieu, et, au point de vue de Dieu, afin de démontrer aux hiérarchies du mal que l’homme est supérieur au relatif et au passager, et qu’aucune puissance ou jouissance ici-bas ne pourra jamais le satisfaire.

Tout occultiste doit subir l’épreuve faustienne. Car ce n’est qu’après l’avoir traversée, c’est-à-dire après avoir connu la magie arbitraire, qu’un occultiste trouvera la Magie Divine, la Gnose et la Mystique de l’Hermétisme chrétien. Alors, il se transformera d’érudit en sage, de gnostisant en Gnostique et d’amateur de mystères en Mystique. Ainsi soit-il.

Le Mat du Tarot se rapporte à la transformation de la conscience personnelle en conscience cosmique où le moi n’est plus l’auteur de l’acte de connaissance, mais accueille désormais la connaissance en se soumettant à la loi de la pauvreté, de l’obéissance et de la chasteté.

L’Arcane du Mat a, à la fois, le sens de modèle et celui de l’avertissement. Il enseigne la conscience transcendante et avertit du péril qu’elle comporte. Il traite des deux modes du sacrificium intellectus. Car l’intellect peut être sacrifié de deux manières différentes : il peut être mis au service de la conscience transcendante comme il peut simplement être abandonné.

Dans le dépassement de l’intellect se présente la décision de remplacer l’intellect par le souffle d’en haut ou celle de placer l’intellect au service actif de ce souffle, qu’il produise ou non des extases.

L’Hermétisme professe le dépassement actif de l’Intellect. C’est pourquoi, il comprend non seulement toutes les expériences mystiques, mais aussi la gnose, la magie et la science ésotérique. S’il n’en était pas ainsi, il ne consisterait qu’en exercices ou méthodes pratiques visant aux illuminations dues à la suppression de l’intellectualité. C’est l’Arcane de la conjunctio oppositorum, du mariage des opposés, à savoir de l’œuvre alchimique de l’union de la sagesse humaine, qui est folie aux yeux de Dieu, avec la sagesse divine, qui est folie aux yeux des hommes, de telle manière qu’il n’en résulte pas une double folie, mais une seule sagesse, qui comprend aussi bien ce qui est en bas que ce que est en haut.

L’histoire spirituelle de l’humanité est constituée par les étapes franchies dans l’accomplissement de la tâche de l’union de la révélation et de la connaissance, de la sagesse divine et de la sagesse humaine.

D’abord, elle est l’opposition pure et simple;

Ensuite cette opposition deviendra parallélisme admis et toléré, une sorte de coexistence pacifique des domaines spirituels.

Plus tard, le parallélisme sera graduellement remplacé par la coopération entre la spiritualité et l’intellect.

Tout en s’efforçant de rendre la révélation intelligible, c’est-à-dire de la comprendre par l’intelligence, la scolastique ne se servait de l’intelligence que comme instrument pour étayer la révélation au moyen de la pensée argumentative philosophique. La thèse fondamentale de la scolastique est que la philosophie est la servante de la théologie (philosophia ancilla theologiae). L’intelligence coopère, mais ne joue qu’un rôle subordonné.

«Le Soleil en est le Père, la Lune en est la Mère, le Vent l’a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice; le Père le tout, le Thélème de tout le monde est ici; sa force est entière si elle est convertie en Terre.

Tu sépareras la Terre du Feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie. Il monte de la Terre au Ciel et derechef, il descend en Terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. » La Table d’Émeraude Hermès Trimégeste

Prière – Induction – qui monte de la Terre au Ciel

Révélation – Déduction – qui descend en Terre.

Effort humain et l’action de la grâce d »en haut s’unissant pour devenir un cercle entier qui se resserre et se concentre jusqu’à devenir un point où la montée et la descente sont simultanées et coïncident. En ce point-là, c’est la pierre philosophale ou principe de l’identité du divin et de l’humain, de l’humanisme et du prophétisme, de l’intelligence et de la révélation, de l’intellectualité et de la spiritualité.

Être gardien de la tradition hermétique signifie deux choses : d’abord l’étude et l’application pratique de l’héritage du passé, puis l’effort créateur continu tendant à l’avancement de l’œuvre. Car la tradition ne vit que lorsqu’elle s’approfondit, s’élève et s’étend.

Il y a donc un climat d’attente soutenue, méditée et intensifiée au cours des siècles. Si elle n’était nourrie et dirigée d’en haut, cette énergie d’attente humaine serait depuis longtemps épuisé. Mais elle ne s’épuise pas, bien au contraire, elle croît. C’est parce qu’elle vise une réalité et non une illusion.

Job n’est pas un saint, mais un Juste, mais un de ces justes qui maintiennent le monde par leurs mérites. Les justes démontrent ce que vaut la nature humaine lorsque son essence même s’éveille et se révèle. Les Justes sont de véritables humanistes. Ils rendent témoignage du fait que l’essence de la nature humaine est à l’image et à la ressemblance de Dieu.

De même, il y a deux amours – l’amour de Dieu et l’amour du prochain – qui sont inséparables, de même il y a deux sortes de foi – la Foi en Dieu et la foi en l’homme – qui sont aussi inséparable.

En Jésus-Christ nous avons l’union parfaite de la Révélation divine et de l’humanisme le plus pur. En lui se résument non seulement tous les Avatars, les Bouddhas du passé et de l’avenir, lui étant le Logos fait chair, et son humanité ayant réalisé le réveil le plus complet de tout ce qui est d’essence divine en elle. Car Jésus-Christ est la révélation que Dieu est Amour et il est le témoignage du fait que l’essence de la nature humain est amour.

Cf. Sri Aurobindo sur Bhagavad-Gitâ IV, 5-8 sur la Doctrine des Avatars.

Les Avatars sont des incarnations périodiques du Divin; ils s’incarnent périodiquement en vue de rétablir la loi, tout comme les prophètes qui surgissent dans le même but; ils sont chaque fois des portes et des voies, des Fils de Dieu et des Fils de l’Homme qui font un avec leur Père qui est aux Cieux.

L’enseignement du Bouddha est celui d’un esprit humain qui s’est rendu compte, dans un état de lucidité complète, de la condition humaine en général et des conséquences pratiques et morales qui en résultent.

Le Christ n’est pas venu seulement pour la libération des bons, pour la destruction de ceux qui font le mal, pour mettre sur le trône la Justice, mais surtout pour vaincre le mal et la mort, pour faire régner l’Amour.

Après Jésus-Christ, l’Homme-Dieu qui fut l’unité complète de la spiritualité et de l’intellectualité, de la volonté divine et humaine. L’œuvre de la fusion de la spiritualité et de l’intellectualité ne peut être rien d’autre que la germination de la graine christique dans la conscience et la nature humaine.

L’Avatar au corps de géant et à la tête de cheval et le Bouddha qui apportera le bien ne seront qu’un seul. Celui-ci sera l’union complète de l’humanisme le plus élevé, le principe des bouddhas, et de la révélation la plus haute, le principe des Avatars, de sorte qu’aussi bien le monde spirituel que le monde humain parleront et agiront par lui. Bouddha-Avatar à venir ne parlera pas seulement du bien, il parlera bien; il n’enseignera pas seulement le chemin du salut, il fera avancer le long de ce chemin; il fera des hommes des témoins authentiques du monde spirituel et divin; il fera parvenir les hommes à l’expérience illuminatrice de la Révélation de sorte que ce ne sera pas lui qui gagnera en autorité, mais Celui qui est la lumière qui éclaire tout homme venant au monde, Jésus-Christ, le Verbe fait chair, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Le Bouddha-Avatar Maitraya-Kalkin représente la fusion de la prière et de la méditation, ces deux formes d’activité spirituelle étant les forces motrices de la Religion et de l’Humanisme spirituels.

Le Mat a commencé comme un Fou d’Esprit et a abouti à la sagesse de l’équilibre parfait entre le monde des révélations mystiques et le monde des tâches et des actions humaines. Il a appris, et vécu avant tout le monde, la leçon du XXIe Arcane du Tarot.

Il est l’Arcane du franchissement du seuil des deux mondes dans deux directions – d’en bas en haut (Cyprien) et du retour (Saint-Ignace). Il est donc l’Arcane où l’on voit la folie, la schizophrénie, la double conscience désaccordée, se transformer en sagesse.

Bouddha-Avatar représente la mesure prodigieuse des trois activités de la volonté humaine, conformément aux paroles du Maître de tous les maîtres : cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira; demandez et l’on vous donnera. Il ne mettra pas ses opinions personnelles en avant car son intellectualité ne sera mue que par la révélation d’en haut.

La pierre philosophale s’annonce par le fait que la logique sera transformée en logique morale, c’est-à-dire matérielle et essentielle, en passant par l’étape intermédiaire de la logique organique. La logique morale parvient au postulat selon lequel Dieu est la valeur des valeurs, qu’il est Amour.

Et puisque la haine et l’indifférence ne sont pas créatrice, c’est l’amour qui la source, la cause et la motivation de la création du monde. On ne crée pas ce que l’on déteste, on ne crée pas non plus dans l’indifférence et le manque d’intérêt. Dieu est donc amour créateur, le Père créateur du monde visible et invisible. Il est le Père, il donne l’être aux êtres créés. En logique morale, l’immortalité est une conclusion nécessaire à l’idée que Dieu est Amour.

Faire usage de la logique morale, c’est entamer le dialogue avec le monde spirituel, car le monde spirituel ne reste pas muet et indifférent lorsqu’on s’adresse à lui dans sa propre langue.

Toute formule de prière consacrée par l’usage a une vertu magique puisqu’elle est collective : les voix de tous ceux qui l’ont prononcée sont évoqués et se joignent à la voix de celui qui la prononce avec des intentions sérieuses.

La prière en soupirs intérieurs indicibles, gnostiques, elle est la transformation de la respiration psycho-physique en prière, ainsi peut-elle être faite perpétuellement. Ce genre de prière transforme l’homme en miroir du monde spirituel et divin.

La prière mystique, c’est-à-dire l’état de l’âme humaine unie au divin où elle n’a plus même de respiration propre, mais respire dans et par le souffle de la seule respiration divine, elle est le silence profond de toutes les facultés de l’âme-intelligence-imagination, la mémoire et la volonté.

La méditation, c’est-à-dire l’approfondissement graduel de la pensée, a aussi ses étapes : la concentration pure et simple sur un sujet, la compréhension du sujet dans l’ensemble des rapports qu’il a avec la réalité, et, enfin la pénétration intuitive dans l’essence même du sujet.

La métaphysique comme connaissance directe des principes éternels et immuables et comme réalisation du dépassement définitif du monde des formes jusqu’au degré d’universalité qui est celui de l’être pur n’est qu’une des applications de la méditation.

La méditation peut donc servir de moyen pour atteindre des buts divers, mais elle est toujours le moyen de réveiller plus intensément la conscience toute entière vis-à-vis des faits particuliers des idées, des idéaux et enfin de la réalité de la condition humaine terrestre et spirituelle en général. Elle est aussi le moyen de réveil de la conscience vis-à-vis des révélations d’en haut. Méditer, c’est approfondir, c’est aller au fond des choses.

Ayant atteint cette contemplation des choses dépassant l’entendement actuel, la méditation devient prière de même que la prière qui atteint l’état de la contemplation sans paroles devient méditation.

Et c’est là le mariage des alchimiques de la prière et de la méditation qui s’opère dans l’âme de l’homme qui est en train de réaliser l’Arcane le Mat – l’Arcane de l’union de la révélation d’en haut et de la sagesse humaine en évitant la folie- de l’Arcane de la formation de la pierre philosophale où se trouve concentrée la double certitude de la révélation d’en haut et de la connaissance humaine.

D’autres ouvertures, plus profondes encore sont réservées aux esprits à vernir qui pousseront plus en avant leur méditation sur cet Arcane dont le nom ésotérique est L’Amour.

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