VI – L’AMOUREUX

C’est le thème central pratique du vœux de Chasteté, qui est le fruit de l’Obéissance et de la Pauvreté.

Le choix devant lequel se trouve placé le jouvenceau du sixième arcane est de plus grande portée que celui entre le vice et la vertu. Il s’agit ici du choix entre la voie de l’Obéissance, de la Pauvreté et de la Chasteté d’une part, et de la voie du Pouvoir, de la Richesse et de la Luxure. L’enseignement pratique de l’Amoureux porte sur les trois vœux et les trois tentations correspondantes. Car c’est la doctrine pratique de l’Hexagramme ou Sénaire.

Les trois vœux sont, en leur essence, les souvenirs du Paradis où l’homme était uni à Dieu (Obéissance), où il possédait tout à la fois (Pauvreté) et où sa compagne était la fois sa femme, son amie, sa sœur et sa mère (Chasteté).

La Chasteté est l’unité vécue. C’est trois esprit, âme et corps, qui sont un, et trois autres, esprits, âme et corps, qui sont un – et trois et trois font six, et six est deux, et deux est un. Telle est la formule de la Chasteté dans l’amour. C’est la formule d’Adam-Ève. Et c’est elle qui est le principe de la Chasteté, le souvenir vivant du Paradis.

L’amour est fort comme la mort, c’est-à-dire que la mort ne le détruit pas. Elle ne peut ni faire oublier, ni faire cesser d’oublier. Ceux d’entre nous, nous autres âmes humaines, qui portons en nous la flamme du souvenir édénique, ne pouvons ni oublier, ni cesser de l’espérer. Et si ces âmes viennent au monde avec l’empreinte de ce souvenir-là et encore avec l’empreinte du savoir que la rencontre avec l’Autre n’aura pas lieu pour elles dans cette vie ici-bas, elles vivront alors cette vie-ci comme veuves, en tant qu’elles se souviennent et comme fiancées en tant qu’elles espèrent. Les vrais moines et nonnes sont veufs et fiancés au fond de leur cœur. Le vrai célibat porte témoignage de l’éternité de l’amour, tout comme le miracle du vrai mariage porte témoignage de sa réalité.

C’est l’amour qui nous éveille à la réalité de nous-même, d’autrui, du monde et de Dieu. Si nous aimons moins les autres que nous même, ils nous semblent moins réel. Pour nous libérer de l’illusion du moi vivant toi ombre. On peut y arriver par l’égalité dans l’indifférence en éteignant l’amour de soi-même et devenir une ombre parmi les ombres – moi et toi ombres, ou étendre aux autres l’amour que l’on a pour soi-même – moi et toi vivants.

Pour aimer tout le monde, il faut avoir aimé quelqu’un. Le prochain, c’est l’être le plus proche dès le commencement, c’est l’âme sœur en toute éternité; c’est l’âme jumelle avec laquelle mon âme a contemplé l’aurore de l’humanité.

L’amour une fois né comme substance et intensité, tend à se répandre en se ramifiant et se diversifiant selon les formes de relations humaines dans lesquelles il entre. C’est un courant en cascade qui tend à tout remplir et à tout inonder.

Le désir sexuel n’est qu’un des aspects de l’amour. Dans le domaine psychique, rien ne meurt et le passé entier vit dans les couches diverses de la conscience profonde de l’âme.

Or, la connaissance du commencement, initium en latin, est l’essence de l’initiation. L’initiation est l’expérience consciente de l’état initial microcosmique (initiation hermétique) et macrocosmique (initiation pythagoricienne). La première est une descente consciente dans les profondeurs de l’être humain jusqu’à sa couche initiale. Sa méthode est l’enstase, c’est-à-dire l’expérience des profondeurs de base à l’intérieur de soi-même. On y devient de plus en plus profond jusqu’à ce qu’on éveille en soi la couche primordiale – ou l’image et la ressemblance de Dieu, que l’on atteint par le toucher spirituel. La deuxième expérience initiatique est surtout basée sur l’ouïe spirituelle. Elle est essentiellement musicale tout comme la première est substantielle ou chimique. C’est par l’extase – ou ravissement ou sortie hors de soi-même – que les couches macrocosmiques se révèlent à la conscience.

Le Paradis est la couche fondamentale de notre âme et une sphère cosmique; région du commencement ainsi que celle du commencement de la Chute où la Tentation est triple.

  • La voix du serpent, intelligence horizontale. C’est le réalisme pur et simple, son essence est le principe du pouvoir qui l’autonomie de la lumière, de la conscience, c’est le doute face au Principe d’Obéissance.

  • On regarde l’Arbre qui paraît bon à manger et agréable à la vue. C’est le Principe de la Cupidité qui est opposé à la Pauvreté.

  • On prit le fruit et le mangea, c’est le Principe de l’Impudicité qui est opposé à la Chasteté.

Faire l’expérience sur le fond du doute est l’essence même de l’impudicité charnelle, animique et spirituelle. Jamais on ne recourt aux expériences pour sortir du doute. Dieu n’est pas un objet et surtout pas un objet de connaissance. Il est la source de la grâce illuminatrice et révélatrice, il ne peut être connu, mais peut se révéler. On ne s’initie pas, mais on devient initié.

La Grâce nous rend voyants à l’égard des causes du monde spirituel. Pour vivre en esprit, il faut de l’esprit vivifiant, qui est l’air de la respiration spirituelle. La Grâce, dominée par les lois d’Obéissance, de Pauvreté et de Chasteté, c’est la respiration verticale de la prière et de la Bénédiction. On s’ouvre à la Grâce et on la reçoit.

Quartenaire de la magie traditionnelle

Demandez, et l’on vous donnera;

Cherchez, et vous trouverez;

Frappez, et l’on vous ouvrira;

Car quiconque demande, reçoit.

Or il s’agit d’oser demander, de vouloir chercher, de se taire pour frapper – et de savoir, lorsqu’on vous ouvert. Car le savoir ne se fait pas; c’est ce qui se révèle lorsque la porte s’ouvre.

«natura vulnerata, non deleta», c’est-à-dire que la nature n’est pas entièrement corrompue en conséquence de la Chute, qu’elle a préservé quelque chose de l’élément vierge et que, par conséquent, il en reste dans la nature humaine qui est donc capable d’efforts et d’œuvres qui comptent.

La formule complète de l’initiation hermétique accepte la Croix de l’Universalité, de la tradition, de la Profondeur et de la Hauteur du Christianisme :

Afin qu’étant enracinés et fondés dans l’Amour, vous puissiez comprendre avec tous les Saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jde toute la plénitude de Dieu. Éphésiens III 18-19.


Dans la Triple Voie de Saint Bonaventure. La Vérité doit être :

  1. Dans la première hiérarchie, évoquée par le gémissement de la Prière, Œuvre des Anges. Écoutée dans l’étude et la prière Œuvre des Archanges. Annoncée par l’exemple et la prédication, Œuvre des Principautés.

  2. Dans la deuxième hiérarchie, rejointe comme refuge et lieu d’abandon, Œuvre des Puissances. Appréhendée par le zèle et l’émulation, Œuvre des Vertus. Conjointe par le mépris de soi et la mortification, Œuvre des Dominations.

  3. Dans la troisième hiérarchie : adorée par le sacrifice de la louage, Œuvre des Trônes. Admirée en sortie de soi et en contemplation, Œuvre des Chérubins. Étreinte dans le baiser de la dilection (amplectanda per osculum et dilectionem), Œuvre des Séraphins.

Note diligemment ce que je viens de dire par ce qu’en cela est une fontaine de vie.

Il y a trois types de tentations, elles concerne l’Obéissance, la Pauvreté et la Chasteté, les trois conditions fondamentales à l’état de Grâce en Paradis ou à la base de toute culture spirituelle après la Chute, ce qui est le sens pratique de l’Hexagramme de Salomon. Jésus sera tenté, non par le serpent, mais par le Prince de ce monde, l’Égrégore, engendré par l’évolution biologique et historique entamée par le Serpent et dont l’Antéchrist est l’ultime produit.

On donne le nom d’Égrégore à une Force engendrée par un puissant courant spirituel et alimentée ensuite à intervalles réguliers, selon un rythme en harmonie avec la Vie Universelle du Cosmos, ou à une réunion d’entités unies par un caractère commun. Robert Ambelain. La Kabbale pratique

Il y a aussi des entités spirituelles surhumaines qui ne sont pas artificiellement engendrées, mais qui se manifestent ou se révèlent. Les Égrégores n’ont qu’une existence éphémères, dont la durée est fonction de l’alimentation galvanisante de leur créateur. Tout homme, toute nation, toute religion ont leur double ou Égrégore et l’Antéchrist est le fantôme de l’humanité entière.

Or les trois tentations du Fils de l’Homme dans le désert étaient son expérience des impulsions directrices de l’évolution, à savoir de la volonté de pouvoir, de l’essai tâtonnant et de la transformation du grossier en subtil. Elles signifient en même temps l’épreuve des trois vœux d’Obéissance, de Chasteté et de Pauvreté.

«L’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Cette formule exprime, en premier lieu, l’essence du vœu de Pauvreté consiste à vivre autant de la parole qui sort de la bouche de Dieu que du pain qui entre dans la bouche de l’homme.

L’esprit de la Chasteté exclut tout essai. L’essai est l’essence même de ce que la Bible désigne «fornication». La fornication, comme tout vice ou vertu, est triple : spirituelle, animique et charnelle.

Le principe de la fornication spirituelle est donc la préférence du subconscient au conscient et au surconscient, de l’instinct à la loi, du monde du Serpent au monde du Verbe.

La Sainte Obéissance est donc la fidélité au Dieu vivant lui-même; à la révolte ou la désobéissance est le parti pris pour l’idéal de la volonté de pouvoir, le Surhomme.

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