X – LA ROUE DE FORTUNE

La Roue seule, sans le sphinx et ses deux passagers, n’évoquera que l’idée du cercle ou du mouvement circulaire. La Roue, avec un animal montant et l’autre descendant, évoquera l’idée d’un jeu vain et absurdes. Mais la Roue tournante, avec ses deux passagers et le Sphinx dominant l’ensemble, amène le spectateur à se demander s’il n’y a pas un arcane, c’est-à-dire une clef qu’il faut connaître pour être à même de s’orienter dans le domaine des problèmes et des phénomènes relatifs au mouvement circulaire des êtres vivants.

Or, il y a deux ordres d’idées concernant le rapport génétique et la genèse en général des quatre règnes de la nature – minéral, végétal, animal et humain. L’un est basé sur l’idée de la Chute, c’est-à-dire de la dégénérescence et de la descente de haut en bas. L’autre ordre d’idée comporte l’idée de l’évolution, c’est-à-dire du progrès transformateur de bas en haut.

La lame de la dixième arcane enseigne, par sa contexture même, l’organisme des idées relatives au cercle entier, le problèmes de la Chute et de la réintégration. Alors que la science ne tient compte que de l’évolution, soit seulement la moitié du cercle. La Tradition Hermétique chrétienne y voit une tragédie cosmique, celle du Salut et de la Chute.

L’évolution tout entière est une sélection – ou élection – naturelle et il y a une sélection spirituelle. L’ésotérisme n’est pas une vie et une activité qui cherche le secret. Les secrets ne sont cachés qu’à ceux qui se refusent à participer à la responsabilité.

«Lorsque le Père acheva, par son Verbe, au septième jour, son œuvre qu’il avait faite, il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite et le Père bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créé en la faisant.

Ainsi le septième jour est-il bénit et sanctifié, non parce qu’il est le jour du monde et du mouvement du monde, mais bien du Père lui-même, seul. Il est la septième partie du cercle du mouvement du monde où il s’efforce et où il s’immobilise et se tait. Ainsi advint-il que le cercle du mouvement du monde ne fut pas clos, mais resta ouvert.»

Serpent : «Il n’y a pas de liberté pour le monde tant que le cercle du monde n’est pas clos. Car être libre, c’est être en soi-même, sans ingérence d’en dehors, surtout d’en-haut, de la part du Père. Le monde suivra toujours la volonté du Père, et non la sienne, tant que subsistera l’ouverture dans le cercle du monde, tant que le Sabbat existe.»

Et le Serpent pris sa queue dans sa bouche et forma ainsi un cercle clos. Il se tourna avec une grande force et créa ainsi dans le monde le grand tourbillon qui happa Adam et Ève, suivirent des êtres auxquels, Adam avait imposé des noms.

Serpent : « Voici votre chemin : vous commencerez par ma queue et vous arriverez à ma tête. Alors vous aurez parcouru tout au long le cercle de mon être et vous aurez le cercle clos entier en vous, et ainsi vous serez libres comme je suis libre.»

Mais la Femme garda le souvenir du monde ouvert vers le Père et du Saint Sabbat. Et elle se prêta au déchirement du cercle clos en elle pour enfanter en dehors de lui des enfants provenant du monde où il y a le Sabbat. Telle est l’origine de la souffrance de sa grossesse et de la douleur en-deçà du monde du Serpent.

La Femme écrasera la tête du Serpent et le Serpent lui blessera le talon. Car la Femme se meut en sens contraire du Serpent, et sa tête arrive à la queue du Serpent, et ses talons touchent la tête du Serpent. C’est par un contre-mouvement : la souffrance que le contre-courant prit origine, contre-courant qui est la Pensée née du souvenir du monde du Sabbat et de la souffrance.

La Femme-Vierge, qui est l’âme du contre-mouvement du Serpent et de la souffrance, qui dès le commencement du monde du monde du Serpent, reçut, conçut et enfanta le Verbe du Père.«Et le Verbe s’est fait chair, et il habite parmi les hommes dans le monde du Serpent, plein de grâce et de vérité.Z

Le cercle ouvert, ou la spirale, est le monde couronné par le septième jour, le Sabbat cosmique, qui correspond à ce que l’on désigne en mathématique comme le «pas de la spirale». Il suggère l’idée de l’avancement illimitée, n’étant par sa forme que l’introduction ou l’antichambre de l’éternité. Il promet un progrès illimité.

Le cercle clos n’est en principe qu’une prison, qu’elle qu’en soit l’étendue. Il est la Roue qui tourne et ne suggère donc aucun avancement au-delà de son cercle. L’idée que le cercle clos, ou la Roue, suggère, est celle de la répétition éternelle.

Trois personnalités historiques ont mis en relief l’idée de la Roue Cosmique :

  1. Bouddha parle de la Roue des incarnations où la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort se répètent sans cesse. L’illumination que Bouddha eut sous l’arbre Bodhi lui révéla trois vérités : que ce monde est une roue des naissances et des morts, que son mouvement n’est au fond que souffrance et qu’il y a un chemin vers le centre du moyeu qui est en repos.

  2. Le Roi Salomon vécut l’expérience de la Roue comme fatalité inexorable rendant vain tout effort et tout espoir humain. Salomon montre le le vide-vanité du Monde du Serpent et met ainsi en relief le dilemme suicide ou salut reçut de Dieu, car au-dessus de la Roue tournante de la vanité, il y a Dieu.

  3. Nietzsche a vu et a compris la Roue, le cercle clos sans issue du monde du Serpent. Il a eu la vision de la répétition éternelle, du retour éternel. La croyance au retour éternel a pour base, non seulement le calcul des combinaisons atomiques possibles, mais encore le dogme scientifique de la constance quantitative de la matière et de l’énergie du monde. Rien ne disparaît, rien n’apparaît dans le monde. La somme totale de la matière et de l’énergie du monde est constante. Elle ne peut ni augmenter ni diminuer. On ne peut rien y ajouter ou rien lui enlever. Le monde est un cercle clos duquel rien ne s’échappe et dans lequel rien n’entre.

Dans le monde qui est un cercle clos et dont la matière et l’énergie sont en quantité constante, il n’y a pas de miracles, car cette notion suppose l’inconstance dans la quantité matérielle et énergétique du monde. Ce monde est l’enfer cosmique, car l’idée de l’enfer est celle d’une existence éternelle dans un cercle clos : le cercle clos de l’égoïsme et c’est l’enfer subjectif et individuel; le cercle clos du monde de l’énergie constante et c’est l’enfer objectif et cosmique.

La perdition, c’est l’engagement dans la circulation éternelle du cercle clos du monde sans Sabbat; le «salut», c’est la vie dans le monde du cercle ouvert, de la spirale qui comporte une sortie et une entrée.

La Chute est l’événement cosmique où le tourbillon mis en mouvement par le cercle clos du Serpent mordant sa queue entraînant une partie du monde créé.

La Rédemption est l’acte cosmique de la réintégration du monde déchu, d’abord par la création d’une ouverture dans son cercle clos (religion, initiation, prophétie) puis par l’instauration par cette porte ouverte, d’un chemin de sortie (les Bouddhas) et d’entrée (les Avatars), enfin par la transformation de l’intérieur, du monde par la radiation du Verbe incarné (Jésus-Christ).

Selon le point de vue du cœur, celui de l’Hermétisme, le monde, cette merveille de sagesse, de beauté et de bonté, souffre, il est malade. Ce monde malade, garde néanmoins, partout et toujours, les traces de santé primordial et se manifeste dans l’œuvre et ses forces de convalescence.

Telle est l’origine du problème de la Chute : le monde est digne d’être à la fois chanté et pleuré. Le Monde n’est pas tel qu’il devrait être. Il y a contradiction entre l’ensemble et les détails.

Pour l’Hermétiste, la Nature est le champ où le monde créé par Dieu rencontre le monde du Serpent. Le trait caractéristique le plus général du monde du Serpent est l’enroulement, les ténèbres, alors que celui du monde créé est le déploiement, l’épanouissement et la radiation – Lumière.

Le monde du Serpent est celui de l’enroulement, mais l’enroulement complètement réussit serait l’enfer ou l’état de l’isolement complet. L’histoire de l’évolution des organismes vivants est celle du triomphe du principe de l’association et de la coopération sur celui de la dissociation et de l’isolement. L’isolement n’a réussi qu’à former des monstres non viables.

L’homme a le cerceau le plus développé. Or, le cerveau est un organe qui joue le rôle du crible à l’égard de la conscience : il est l’instrument à la fois du savoir et de l’ignorance. Sa fonction est d’admettre de la part de la conscience ce qui est à propos et de ne pas admettre, d’oublier, ce qui n’est pas à propos au point de vue de l’action ou de la volonté visant l’action.

Le cerveau est donc l’organe de la sélection, un raccourci de l’évolution entière! Ce que fait le cerveau, c’est l’essence de ce qui se passait pendant les millions d’années de l’évolution biologique. L’évolution entière est le processus de la succession création-sélection-rejet-oubli incessamment répété.

Il est l’organe effectuant la mimique ainsi que le choix de ce qu’il va mimer. Il mime à propos, c’est que la Genèse entend par être rusé (arum). Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Dieu avait fait. Genèse 3,1

Être rusé, c’est mimer la sagesse, après en avoir éliminer l’essentiel – la Lumière – et s’en servir à ses propres fins. C’est pourquoi l’on dit que le Diable est le singe de Dieu. Le cerveau est donc l’œuvre du Serpent. Et l’humanité, en tant qu’espèce animale douée du cerveau le plus développé, est bien la fille du Serpent.

Le Serpent est en effet, le grand agent magique, c’est-à-dire le principe qui mime la conscience et qui sert donc de lien entre le subjectif et l’objectif, tout comme le cerveau est le lien entre la conscience et l’action.

Mais il existe un autre agent et une autre magie, tout comme il y a une autre conscience et une autre expérience, que celles dues au cerveau. La Colombe, c’est-à-dire l’Esprit qui est au-dessus du cerveau et de la tête, qui descend sur la tête et s’arrête là. C’est l’Esprit qui transcende l’intellectualité cérébrale qui est la source de l’initiative, l’agent et l’instrument, à la fois de la Magie divine ou sacrée.

Le Serpent et la Colombe , voilà en dernière analyse, les facteurs sous-jacents au processus entier de l’évolution. Soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes. Mathieu 10,16.

C’est qu’il faut tâcher d’unir l’intellectualité cérébrale à la spontanéité spirituelle. Il faut une pensée articulée de manière discursive, mais qu’au-dessus de ce processus de pensée discursive plane toujours l’idéal! C’est dans la lumière de l’idéal qu’il faut penser.

En tant qu’espèce animale douée du cerveau le plus développé, les hommes sont enfants du Serpent. Maintenant il faut ajouter : en tant qu’être aspirant à l’idéal du Bien, de la Beauté et de la Vérité, les hommes sont enfants de la Lumière.

Il en est ainsi parce que l’évolution entière est le croisement de l’évolution biologique et de l’évolution spirituelle. Le fait du croisement de ces deux domaines bien différentes, c’est la réalité de la Chute.

L’autre terme du drame cosmique qui nous occupe et qui est lié à celui de la Chute est la Rédemption. L’œuvre du Salut, aboutissant à la Rédemption, est universelle aussi bien en ce qui concerne le temps qu’en ce qui concerne l’espace.

Il n’y a qu’une seule œuvre de salut qui comprend tous les efforts humains véritables visant à transcender le cerveau et l’intellectualité cérébrale et qui comprend toutes les révélations véritables d’en-hait, à travers tous les âges de l’histoire de l’humanité.

Les étapes de l’œuvre du salut universel constituent l’histoire spirituelle de l’humanité qui est la grande Bible universelle, dont la bible historique n’est qu’une partie.

Selon le point de vue de la révélation, l’histoire spirituelle de l’humanité pourrait être résumée en donnant les aspects de Dieu qui se révèlent successivement dans l’histoire spirituelle de l’humanité.

Selon le point de vue de l’opération de l’œuvre du Salut, on pourrait résumer l’histoire de l’humanité en décrivant les étapes depuis la première ouverture du cercle clos du Serpent jusqu’à l’avènement et l’épanouissement du Règne de Dieu à l’intérieur de ce cercle.

Ces étapes seraient donc : l’ouverture du cercle clos, le chemin de sortie et d’entrée par cette porte et l’Incarnation du Verbe. La première étape, celle de l’ouverture dans le cercle clos , fit entrer la Foi dans l’humanité incarnée, la deuxième lui apporta l’Espérance, la troisième alluma en elle l’Amour, qui est la présence active de la vie divine au sein du cercle du Serpent.

Or ce qu’on entend pas évolution est dû à la concurrence de deux lignes principales d’opération – celle du Serpent et celle de l’œuvre de Salut. Il y a d’autres lignes secondaires qui jouent un rôle intermédiaires entre les lignes principales, comme la ligne de l’évolution des âmes individuelles par la voie des incarnations répétées.

Pour résoudre la contradiction entre l’hérédité qui ne fait que reproduire, et l’évolution générale qui se montre créatrice, il faut ajouter la dimension verticale à celle de la continuité horizontale, celle de l’hérédité qui relie les générations successives. Il faut admettre que les qualités issues du mécanisme de l’hérédité, qui sont emmagasinées quelque part ailleurs, et qu’entre ces dernières et les qualités acquises, il y a une tension active qui se manifeste aussi bien dans l’éducation que dans l’auto-éducation que dans celui du surgissement des génies intellectuels et moraux comme fruits d’une lignée médiocre. Cette tension entre le mécanisme héréditaire et les qualités acquises par expérience, accumulées ailleurs, aboutit, à la longue, à ce que les dernières prévalent et qu’une sorte d’irruption a lieu dans le mécanisme héréditaire. Les fruits de l’expérience passées se réincarnent.

Il y a donc trois continuités dans l’évolution : la continuité biologique ou hérédité, la continuité psychique ou réincarnation et la continuité spirituelle ou œuvre de salut. Notons que ces trois lignes de la continuité correspondent au triangle dynamique auquel Fabre d’Olivet avait réduit l’histoire du genre humain : l’hérédité correspond au Destin ou la Fatalité, la Réincarnation à la Volonté ou Liberté et l’Oeuvre de Salut à la Providence.

Le Sphinx au-dessus de la Roue représente l’animalité et l’humanité réunies et non-différenciées, soit déjà réintégrées. L’énigme du Sphinx est donc celle de l’humanisation de l’animalité et de l’animalisation de l’humanité.

Le Chien montant vers le Sphinx représente l’animalité aspirant à la réunion avec l’humanité; le Singe descendant représente le processus de l’animalisation de l’humanité.

Le dixième Arcane est strictement pratique. Il est un exercice spirituel qui a pour but d’éveiller l’arcane, c’est-à-dire la connaissance expérimentée d’un certain savoir-faire, qui est le juste maniement des éléments de l’humanité animalisée et ceux de l’animalité aspirant à l’humanité à partir d’un centre et au moyen d’un centre stable.

Le Sphinx est la synthèse prototypique de la sainte animalité, c’est-à-dire de l’instinctivité divine, du principe de l’obéissance spontanée à Dieu. Car animalité sainte ne veut pas dire autre chose qu’obéissance spontanée à Dieu ou le divin instinct. Les autres instincts sont dus à l’évolution du Serpent, la bestialité les résume.

L’Aigle de l’Évangéliste Jean, l’instinct d’inspiration divine tend à l’envolée de l’esprit et du cœur. Comme prototype de l’oiseau de proie, il représente l’instinct de l’agression et de l’attaque fulgurante.

Le Lion de St-Marc est le courage moral, alors que son pendant bestial est la férocité.

Le Taureau est le symbole de l’instinct de la concentration productive. Il est sous-jacent au penchant à la méditation profonde, Mais il peut être la concentration de la Volonté sur un seul point laissant tout le reste dans l’ombre. Ce n’était pas le penchant à la méditation qu’on voulait tuer en immolant le taureau dans les mystères de Mithra, mais l’Évangéliste aveugle.

L’Évangéliste Mathieu a l’Ange ou l’Homme comme compagnon inspirateur et lui amène l’objectivité. On peut être objectif, c’est-à-dire impartial en prenant toutes les choses également à cœur ou en assumant une attitude d’indifférence égale envers toutes les choses.

La tâche pratique qui en découle est celle de l’alchimie intérieure : la transmutation des instincts déchus et en leur prototype non-déchu.

Pour le Taureau cela veut dire que le désir instinctif qui se montre comme rage concentrée sur un point et qui aveugle tout le reste est à restreindre et donc à élever au penchant à la méditation profonde. Cette opération entière est résumée dans l’hermétisme par le terme SE TAIRE, qui n’est pas seulement une règle de prudence, il est de plus, une méthode pratique de la transformation de l’instinct rétrécissant et aveuglant en un penchant à la profondeur ainsi qu’en une aversion envers tout ce qui est de nature superficielle.

Le taureau ailé est donc le résultat obtenu par le procédé SE TAIRE. Cela veut dire que le taureau s’élève au niveau de l’aigle et s’unit avec lui. Par cette union s’opère de l’élan vers hauteur et du penchant vers la profondeur. .

Le lion ailé est le résultat à obtenir par le procédé indiqué par le terme OSER qui implique le courage moral.

Le Taureau devient ailé par sa conjonction avec l’Aigle réalisée par la pratique du SE TAIRE et l’Aigle acquiert la constance de la persévérance du taureau grâce à la pratique du VOULOIR, de même le Lion acquiert ses ailes par sa conjonction avec l’Ange réalisée par la pratique du OSER; l’effet de l’inspiration de l’Ange, dont on ose se rendre compte, devient alors certitude spontanée par la pratique indiquée par le terme SAVOIR.

SE TAIRE est la restriction de la volonté qui s’élève selon la loi de la Croix, en conséquence de cette restriction. Elle se développe ensuite sur un autre plan, là, elle devient le vrai VOULOIR.

L’attention constante pour la conscience restreint l’impulsivité, celle-ci s’élève donc sur un nouveau plan où elle disciplinera l’impulsivité par la conscience. Voilà le sens de la pratique du OSER et du SAVOIR. Ce n’est qu’en harmonie avec le savoir dû à la conscience que l’impulsivité devient un OSER légitime ou courage moral.

Tel est le principe de l’ésotérisme hermétique millénaire. Il est basé sur la loi de la Croix; son but est le Sphinx, l’animalité réunie à l’humanité.

Une chose essentielle manque à la Lame, la quinta essentia, la quintessence qui réalise le Sphinx, mais ce n’est pas le Sphinx. Le principe actif de la Croix – la cinquième essence – sans lequel l’opération entière n’est pas praticable et ne reste que connaissable et espérable – ne s’y trouve indiqué d’aucune manière. Le Sphinx y figure comme la dernière solution, ou plutôt comme la dernière énigme.

Le Tarot n’est pas hérité, il est réincarné. Il est réincarné conformément à l’expérience de la psychologie moderne des profondeurs (Jung) qui constate le surgissement des mystères et cultes antiques et archaïques des profondeurs de l’inconscient des hommes. Le Tarot est le Livre Sacré de Thoth, mais il n’est pas hérité ou transmis, il est le livre rené.

Le Tarot a son prototype invisible, la fonction et mission du Tarot est d’élever l’âme vers son prototype originel. C’est pourquoi il est un système d’exercices spirituels. Il donne l’impulsion et indique la direction pour transcender l’intellectualité cérébrale et pénétrer par l’âme dans l’enclos sacré où demeurent les symboles sacrés des éléments cosmiques.

La pratique mystique de la religion transcende l’intellectualité. Son but est d’atteindre le Ciel, et non pas la zone intermédiaire entre le Ciel et la Terre, où se trouve déposée la révélation primordiale des mystères du Ciel.

Les hermétistes sont condamnés à ne vivre ni au jour de la Terre, ni au jour du Ciel, mais plongés dans la Nuit, dans l’obscurité profonde du mystère des rapports entre le Ciel et la Terre. La Pensée, qui unit le Ciel à la Terre, qui est immanente à toute structure phénoménale terrestre et à toute entité nouménale céleste, est la vision et la compréhension de l’ensemble des choses, ainsi que la puissance de le révéler et de le montrer.

Les idées sont réelles, mais comme réalité immanente et non comme réalité à part. Les idées ne vivent que dans la conscience, soit de Dieu, soit des hiérarchies angéliques, soit de l’homme.

Mais elles peuvent aussi être projetées au dehors, incarnées en symboles et formules et ainsi conservées dans le monde spirituel objectif. Cette opération entière de la projection, incarnation et conservation des idées, est appelée Écrire le Livre dans l’hermétisme.

Auteur inconnu. Méditations sur les 22 majeurs du Tarot

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