XVII – L’Étoile

L’Étoile est l’Arcane de la Croissance, tout comme le XVIe Arcane était celui de la Construction. Il s’agit donc maintenant d’un exercice spirituel consacré à la Croissance; il y a donc lieu de nous concentrer sur le problème de la croissance pour méditer ses aspects essentiels en vue d’arriver à la contemplation de son noyau ou de son essence mystico-gnostisco-magique et métaphysique., en un mot de son essence hermétique.

La croissance est continue tandis que la construction procède par sauts et par bonds. Et ce qui est vrai de l’artificiel et du naturel dans le domaine physique, l’est aussi dans le domaine psychique et spirituel.

De même, il existe un agent intermédiaire mystérieux qui effectue le passage de l’imagination à la réalité, de même il existe un agent non moins mystérieux qui effectue le passage de l’état potentiel de germe à celui de la maturité, le passage de ne qui n’est qu’en puissance à sa réalisation : l’agent transformateur de l’idéal en réel.

La continuité transformatrice est la manifestation essentielle de l’agent de la croissance, tout comme la fulguration créatrice est celle de l’agent magique.

De même qu’il y a Feu et feu, c’est-à-dire le Feu céleste de l’amour divin et l’électricité due à la friction. De même, il y a Eau et eau, l’Eau céleste de la sève de la croissance, du progrès et de l’évolution, et l’eau inférieure de l’instinctivité, de l’inconscient collectif, de la collectivité engloutissante, l’eau des déluges et des noyades. La femme de la XVIIe Lame verse les eaux de deux vases qui se mêlent dans un même fleuve.

Le fleuve de la continuité – dans l’hérédité, la tradition, l’évolution – porte pêle-mêle vers l’avenir sans fin, à la fois tout ce qui est sain, noble, saint et divin du passé, tout ce qu’il y a d’infectieux, de vil, de blasphématoire et de diabolique.

Dualisme alors? Le venin du Serpent et la larme de la Vierge coulent-ils donc éternellement ensemble dans le fleuve de la Vie?

Oui et non. Oui pour le présent qui est action et volonté, non pour l’avenir qui est l’Étoile de mer de l’entendement et de l’espérance.

Le XVIIe Arcane est non seulement celui des eaux qui coulent de deux vases et se mêlent dans un seul fleuve, mais encore celui de l’Étoile.

La grande Étoile centrale de la Lame – comme d’ailleurs la constellation entière des huit étoiles – invite notre conscience à l’effort à l’effort d’allier la justice contemplative (étoile jaune à huit rayons) avec la justice active (étoile rouge à huit rayons), d’unir le principe-guide de l’entendement au principe-guide de la volonté. En d’autres termes, elle nous invite à surmonter le dualisme par l’opération alchimique de l’union des contraires que l’on appelle le mariage des contraires qui fait rayonner dans le monde cette force-lumière qui rend l’avenir non seulement acceptable, mais encore désirable.

L’Espérance est une force -lumière qui rayonne objectivement et qui dirige l’évolution créatrice vers l’avenir du monde. Elle est le pendant céleste et spirituel de l’instinct terrestre et naturel de la reproduction biologique, qui, avec la mutation produit la sélection naturelle, laquelle à son tour produit avec le temps le progrès biologique.

«Je suis l’Alpha et l’Oméga», voilà comment se lit le message de l’Étoile centrale de la Lame. Ce qui veut dire : Je suis l’activité, la cause efficiente qui mis tout en mouvement, et je suis la Contemplation, la cause finale, qui attire vers soi tout ce qui est en mouvement. Je suis l’Action primordiale et je suis l’Attente sans répit jusqu’à ce que tous arrivent là où je suis.

Voilà pourquoi nous disons non au dualisme vu sous le jour de l’avenir, et nous lui disons oui, si nous le voyons sous le jour du présent.

Or l’exercice spirituel du XVIIe Arcane consiste à «voir ensemble», à contempler l’essence de la croissance biologique et celle de la croissance spirituelle – l’agent de la croissance et l’Espérance – afin de retrouver leur analogie, leur parenté intrinsèque et leur identité fondamentale.

C’est pourquoi la Lame représente la Femme, le principe maternel, entre la constellation d’Espérance au-dessus d’elle et le fleuve de la continuité de la vie biologique au-dessous d’elle. Car toute mère professe une double foi : la Foi de l’Espérance céleste – l’avenir sera plus glorieux que le présent – et la foi de la continuité terrestre – le fleuve des générations qui se succèdent va en avant – dans la direction indiquée par l’Espérance d’en haut. Nous pour donc aussi nommer le XVIIe Arcane : Arcane de la Mère ou Arcane d’Ève, l’intuition simultanée de l’Espérance céleste et de la magie primordiale; la bénédiction du Créateur : «Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et assujettissez-là.»

En vérité, de la fusion des opinions la vérité luit. Car la synthèse n’est pas due au choc des opinions, mais à leur fusion comme éléments constitutifs de l’arc-en-ciel de la paix.

La synthèse des vérités du Salut et de l’Évolution est en effet un arc-en-ciel, dans lequel resplendissent les essences immortelles des efforts du passé, purifiés de ce qui les enveloppait de temporaire et d’accidentel.

On ne peut se passer de la poésie, parce qu’on a besoin de l’élan de l’imagination. Il faut seulement veiller à ce qu’on ne soit pas emporté par l’imagination qui cherche l’éclat et non la vérité. La poésie est l’union des eaux supérieures et des eaux inférieures au deuxième jour de la Création.

Les mantrams – les formules magiques à portée dans les trois mondes – naissent du mariage de la Chaleur et de la Lumière, du sang terrestre porteur de la Continuité; et du sang Céleste, porteur de l’Espérance.

Toute parole humaine peut devenir magique si elle est sincère au point d’engager le sang et si elle est en même temps rempli de foi au point de mettre en mouvement les eaux lumineuses de l’Espérance d’en-haut.

On n’invente pas les formule magique, tout comme la vraie poésie – mais elles naissent du sang et de la lumière. C’est pourquoi, en général dans la Magie sacré, on utilise les formules traditionnelles, non parce qu’elles sont anciennes, mais parce qu’elles naissent de la manière dite et qu’elles se sont avérées magiques.

Outre les différences mentionnées à la troisième lettre, la Magie sacrée se sert de l’agent de Croissance, alors que la Magie arbitraire travaille avec l’agent magique de nature électrique.

Jurer est donc l’acte type qui représente le domaine entier de la magie arbitraire ou personnelle; il s’agit de rendre la volonté personnelle plus puissance en la renforçant par des forces de nature électrique provenant de l’extérieur de la volonté et agissant sous sa domination.

Or l’agent de la Magie divine est essentiellement soustrait à la volonté personnelle humaine. C’est l’agent de croissance qui sert d’instrument dans la Magie divine, qui est le moyen dynamique des miracles, qui sont l’effet de l’action d’une force qui est soustraite à la volonté humaine, mais qui est en même temps non indifférente envers les qualités morales des aspirations de la volonté de la volonté personnelle humaine et peut leur prêter une puissance réalisatrice supérieure aux forces du déterminisme physique, biologique, psychologique et intellectuel. La Magie divine est donc la conscience morale qui invoque l’aide de la conscience morale supérieure, laquelle répond à cette invocation en mettant en mouvement l’agent de la croissance, les eaux inférieures de la Vie et les eaux supérieures de l’Espérance.

Le cercle de la science : montée du visible à l’invisible dans la théorie, et descente de l’invisible au visible dans la pratique. C’est l’ancien symbole du serpent qui se mord la queue. Ce cercle est clos.

Son diamètre peut croître indéfiniment, mais il est et sera toujours un cercle sans ouverture, à la différence de la spirale. On y découvre les forces de la chaleur, du magnétisme, de l’électricité et du nucléaire; on peut y découvrir une série d’autres forces plus cachées et subtiles, mais on ne découvrira que des forces, c’est-à-dire des causes du mouvement mécanique. Voilà pourquoi ce cercle est clos et pourquoi, il est à moins d’une intervention extérieure prison et captivité de l’esprit.

Les phénomènes magique relèvent du savoir et du pouvoir scientifique humain, et les miracles de la Sagesse et la Puissance divines; ce qui veut dire que la participation humaine consciente aux miracles de la Magie sacré commence avec la mystique, se poursuit dans la gnose et aboutit aux miracles, c’est-à-dire à la Magie sacrée pratique «Ex Deo, in Deo, per Deum.»

Le cercle de la magie cérémonielle est clos en principe, mais toute âme humaine individuelle peut en sortir en embrassant un idéal plus élevé et en renonçant à tous les avantages que lui offre le cercle. C’est un aspect important du sens de la formule christique : «Je suis la porte», qu’il y a sortie de tout cercle clos, de toute captivité de l’esprit.

Le Ciel ouvert, c’est la voie de la spirale dans l’infinité qui s’ouvre. La spirale est l’Arcane de la croissance aussi bien spirituelle que biologique.

Voilà la spirale de l’histoire de la préparation de la venue du Christ. Le premier pas de la spirale, les 14 générations depuis Abraham jusqu’à David, correspond au processus de l’intériorisation qui a lieu depuis le sacrement du Baptême (les trois patriarches), par le sacrement de la Confirmation (Alliance du désert du Sinaï) jusqu’au sacrement de la Pénitence.

Le deuxième cercle ou pas de la spirale, les 14 générations depuis David jusqu’à la déportation de Babylone, est l’école de David, l’école de la pénitence intérieure qui aboutit à son but extérieur : l’expiation, la déportation à Babylone.

Le troisième cercle ou pas de la spirale, les 14 génération depuis la déportation à Babylone jusqu’au Christ, correspond à ce qui a spirituellement lieur entre le dernier acte du sacrement de la Pénitence – absolution – et le sacrement de la Sainte Communion ou Eucharistie, celui de la présence et de la réception du Christ.

La contexture de la Lame représente donc une spirale qui descend des étoiles, premier pas, à la Femme, deuxième pas, ensuite à l’Eau, troisième pas et aboutit aux arbustes, quatrième pas.

Or, l’unité de l’Espérance, de la Créativité et de la Tradition, c’est l’agent de la croissance. Il est l’action concertée de l’Esprit, du Sang et de l’Eau. Il est donc indestructible, son action est irréversible et son mouvement est irrésistible.

L’auteur de la Table d’Émeraude veut expliquer la nature et la poussée volitive quasi spontanée du monde en transformation et en évolution. Il veut nous exposer l’origine et les facteurs constitutifs de l’agent transformateur du transformisme, l’agent actif sous-jacent à l’évolution. cf. Traité hermétique D’Asclépios au roi Amon.

La Femme agenouillée sous les étoiles est la Mère de l’Avenir et c’est pourquoi son message nous confronte avec le Devoir envers l’Avenir, le Devoir du fleuve de la Tradition ininterrompue. Il faut nous efforcer de nous y conformer.

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