XVIIII – Le Soleil

Le XIX e Arcane est celui de l’union, réalisée, de l’intelligence et de la sagesse spontanée, l’Arcane de l’intuition.

C’est l’image de deux enfants unis par les liens d’une confiance réciproque sans réserve, dont l’un indique et l’autre comprend, et qui sont tous deux placés sous le signe du Soleil. On ne pourrait mieux représenter le rapport entre l’intelligence et la sagesse spontanée dans l’intuition. Car ce rapport présuppose une pureté d’intention qui ne se trouve que chez l’enfant, il postule une confiance réciproque, sans l’ombre d’un doute ou d’un soupçon, qui n’est propre qu’aux enfants. Enfin, ce rapport exclut toute tendance à la domination et à l’autorité, tout désir de poser en pontife ou à se vanter de ses prérogatives de gourou ou du maître, ce qui est aussi étranger à l’enfant.

Les enfants qui fraternisent sous le Soleil, correspondent à la constellation zodiacale des Gémeaux.

Le principe de la coopération doit être considéré comme principe directeur de l’évolution au même titre que le principe de la lutte pour l’existence du darwinisme. En d’autres termes, le principe diurne des Gémeaux, joue, dans l’évolution naturelle, un rôle au moins égal, au principe nocturne du Sagittaire.

Un des plus hauts aspect du principe des Gémeaux, de la coopération, est celui de la coopération entre la sagesse spontanée et l’intelligence dans l’intuition. Il s’agit de l’état de conscience dans lequel l’intelligence avance de la connaissance formelle à la connaissance matérielle, c’est-à-dire à la connaissance des rapports des choses elles-mêmes. Or la connaissance des choses elles-mêmes comporte deux fonctions : il faut d’abord entrer en contact de sympathie essentielle, d’essence à essence; en deuxième lieu, il ne faut pas glisser à d’autres contacts du même ordre, mais s’y arrêter afin d’aboutir à une intensité et à une clarté suffisante pour pouvoir se dire, en toute honnêteté, qu’en effet, un acte de connaissance matérielle a bien eu lieu.

La rencontre en pleine conscience est donc le rapport réalisé, c’est-à-dire porté à la limite de l’intensité de la clarté. Elle peut prendre, selon le cas, soit le caractère de conversation par forces, soit celui de la conversation par paroles. Dans le premier cas, ce sont des forces ou des impulsions – semences spirituelles et psychiques riches d’idées et de jugements moraux rn germes qui sont communiqués. Dans le cas de la conversation par paroles, une révélation des pensées et des représentations articulées ont lieu.

L’Étoile, que suivent les hermétistes, les mène à la Crèche – au centre de l’histoire, au centre de la vie psychique – à l’individuation, au centre de l’évolution universelle ou foyer suprême de la personnalité personnalisante, à l’Alpha et l’Oméga de la Révélation, au cœur qui est le centre de tous les cœurs. Car il y a un centre de la gravitation des cœurs, tout comme il y a un centre de la gravitation des planètes. Ce centre est la cause des saisons de la vie de l’âme.

L’année liturgique de l’Église est l’effort annuel de la mémoire humaine pour s’unir à la mémoire divine afin de réaliser la résurrection, c’est-à-dire de faire vivre le passé dans le présent.

Que ceux qui suivent l’Étoile le fassent entièrement et sans réserve ! Qu’ils ne cherchent pas de confirmation, d’approbation ou de sanction scientifique, ou, ce qui serait pis encore, qu’ils n’attendent pas de la science qu’elle les dirige ! Qu’ils suivent l’Étoile au-dessus d’eux et rien d’autre !

L’intuition est la coopération de l’intelligence humaine avec la sagesse surhumaine. C’est elle qui créé le lien – ou la gnose intermédiaire et la magie intermédiaire – entre l’Absolu et le Relatif, entre le Surnaturel et le Naturel, entre la Foi et la Raison. Or l’intuition ne peut être développée que chez des personnes qui ont de la foi et de la raison.

L’intuition combine deux certitudes : la certitude essentielle, celle d’essence, et la certitude consistancielle, celle de la consistance. La première est d’ordre moral, sa force de conviction réside dans le Bien et dans le Beau. La deuxième est d’ordre cognitif, sa force de conviction provient de la consistance dans la vision du rapport des choses. Il existe une troisième espèce de foi, peut-être la plus héroïque, la foi intermédiaire entre la foi fondée sur l’autorité intrinsèque de l’expérience intérieure et celle fondée sur l’autorité extrinsèque : la foi postulative où on croit sans aucun appui, ni d’en dehors, ni d’en dedans. C’est la voix de celui qui crie dans le désert, la voix-même de l’âme qui crie, c’est-à-dire postule dans la solitude complète, c’est-à-dire dans le désert, les choses sans lesquelles elle ne peut pas vivre.

Le Maître fait appel, non seulement à la foi, mais encore à l’intelligence, non seulement à la certitude essentielle, mais encore à la certitude consistantielle, en énonçant le principe fondamental de l’intelligence : jugement par les effets, connaissance des choses à leurs fruits.

Le rôle de l’intelligence est immense, si on considère qu’elle est appelée à être partie intégrante de l’intuition, qui, à son tour détermine la grandeur ou la petitesse dans le royaume de Dieu.

Le penseur croyant était donc devenu un mystique voyant. Et cette transformation n’a pas eu lieu malgré son œuvre de penseur scolastique, mais bien grâce à lui. Elle est son fruit et son couronnement. Car le but de l’effort scolastique est la contemplation, et c’est la mystique qui est le fruit de l’arbre scolastique.

L’Hermétisme, sans le ciment invisible de l’intuition n’est en effet qu’un assemblage improvisé d’éléments hétérogènes empruntés à la science et à la religion.

Or le XIXe Arcane du Tarot nous invite à nous occuper tout spécialement de l’Étoile de l’Hermétisme dans le ciel de l’intuition.

L’Arcane de l’intuition est donc celui du savoir-faire qui permet d’élever l’intelligence qui reflète l’intelligence créatrice et d’effectuer son union avec la sagesse, c’est-à-dire d’opérer l’œuvre du rétablissement de l’union de l’intelligence dont la lumière est diminuée ici-bas, avec l’intelligence dont la lumière est complète en haut, puis de l’union de l’intelligence ainsi réunie avec la sagesse divine.

Les hermétistes élèvent donc l’intelligence au niveau à partir duquel elle devient capable de s’unir avec la sagesse; ils la valorisent au maximum; c’est l’intuition.

Le Zohar et Apulée parlent de la Lune et du Soleil réunis ou le signe d’Isis. Nous retrouvons ce signe dans la vision apocalyptique : la femme enveloppée du Soleil, la Lune sous ses pieds et les douze étoiles.

En d’autres termes, l’intelligence, unie à la sagesse dans l’intuition, ne signifie pas encore l’achèvement de l’œuvre de la réintégration de la conscience, tant qu’elle n’est pas couronnée d’un troisième élément, qui correspond aux étoiles, de la même façon que l’intelligence correspond à la Lune et à la sagesse du Soleil.

Ce troisième élément est l’introspection intuitive de l’essence d’une chose représentative et compréhensive des autres choses du monde, de soi-même. Cette introspection intuitive lui permit d’arriver à la conclusion que c’est la volonté qui est l’essence des choses qui ne sont elles-mêmes que des représentations de la volonté.

Le Soi transcendant de l’homme, tout éternel et immuable qu’il soit, n’est pas le sommet ultime du monde en évolution. Il n’est pas Dieu. Il y a encore bien des degrés sur l’échelle de l’analogie qui le séparent du sommet, de Dieu. Ces degrés, lui sont supérieurs, ce sont les étoiles, ou ses idéaux. L’Apocalypse en précise le nombre : il y a douze degrés supérieurs à celui de la conscience du Soi transcendant humain. Il lui faut donc, pour atteindre le Dieu Un, s’élever successivement aux degrés de conscience des neuf hiérarchies spirituelles et de la Sainte-Trinité.

Mais l’Hermétisme judéo-chrétien n’est que l’effort soutenu pour connaître et (Apocalypse XIII.1) comprendre les trois luminaires dans leur unité, c’est-à-dire connaître et comprendre le grand signe qui parut dans le ciel : une femme enveloppée du Soleil, la Lune sous ses pieds, une couronne de douze étoiles sur la tête.  C’est la femme de cette vision apocalyptique, qui unit les trois luminaires : la Lune, le Soleil et les Étoiles, les luminaires de la nuit, du jour et de l’éternité, et c’est Elle, la Vierge de Lumière de la Pistis Sophia, la Sagesse chantée par Salomon, la Schekina de la Kabbale et la Mère, la Vierge, la Reine Céleste Marie – qui est l’âme de la Lumière des trois luminaires et qui est aussi bien la source que le but de l’Hermétisme. Car l’Hermétisme est, somme toute, l’aspiration à la participation à la connaissance du Père, du Fils, du Saint-Esprit ainsi qu’à la Mère, la Fille et la Sainte-Âme. Il ne s’agit pas de voir la Sainte-Trinité avec des yeux humains, mais de la voir avec les yeux et dans la lumière de Marie-Sophia.

Le Sceau de Salomon ou hexagramme n’est point le symbole du bien et du mal, mais bien celui du triple Acte pur ou Feu et de la triple Réaction pure (le triple Mihi fiat secundum verbum tuum) ou Lumière du Feu, c’est-à-dire Eau, Feu, Eau signifiant ce qui agit spontanément et créativement et ce qui réagit réflectivement : le oui conscient ou lumière du Mihi fiat secundum verbum tuum. Voilà le sens quasi élémentaire du Sceau de Salomon, élémentaire dans le sens des éléments Feu et Eau, considérés sur leur échelon le plus haut.

Le sens plus élevé révélé par ce symbole est celui de la Sainte-Trinité Lumineuse, c’est-à-dire de la compréhension de la Saint-Trinité.

Nous recevons pendant l’enfance deux dots pour la vie, deux capitaux où nous puiserons pendant toute la vie, le capital vital biologique qui est le trésor de notre santé et de notre énergie vitale, le capital moral qui est le trésor de la santé de l’âme et de son énergie vitale, sa capacité d’aimer d’espérer et de croire. Le capital moral, c’est l’expérience de l’amour paternel que nous avons eu pendant l’enfance. Cette expérience est tellement précieuse, qu’elle nous rend capable de nous élever aux choses les plus sublimes, même aux choses divines. C’est grâce à l’expérience de l’amour paternel que notre âme est capable de s’élever à l’amour de Dieu.

C’est dans la pratique de la prière et de la vie liturgique de l’Église que les grandes vérités devancent leur promulgation comme dogme. Or le mystère du nombre neuf, celui du développement de la Trinité en Trinité Lumineuse, vit également dans la pratique de la prière et du rituel de l’Église.

Le XIXe Arcane du Tarot, l’Arcane de l’intuition, est celui de la Naïveté révélatrice dans l’acte de la connaissance, naïveté qui rend l’esprit capable d’une intensité, d’un regard non troublé par le doute et par les scrupules qu’il engendre et de la vision des choses telles qu’elles sont sous le jour éternellement nouveau du Soleil. Cet Arcane enseigne l’art de subir l’impression pure et simple qui révèle par elle-même – sans hypothèses et superstructures intellectuelles – ce que les choses sont. Rendre l’impression numineuse, tel est l’objectif de l’Arcane le Soleil, l’Arcane de l’intuition.

Parler de l’amour paternel, de ses deux aspects, de la pratique de la neuvaine, du rosaire, etc., n’éloigne point du thème du XIXe Arcane, bien au contraire, puisque nous avons pénétré dans son cœur même. Car nous nous efforcions de passer de la compréhension de ce qu’est l’intuition à son exercice, de la méditation sur l’Arcane de l’intuition, à l’emploi de cet Arcane.

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