XXI – Le Monde

La première impression qui se dégage est que le dernier Arcane Majeur du Tarot suggère la conception du monde comme mouvement rythmique ou danse de la psyché féminine, soutenue par l’accompagnement de l’orchestre des quatre instincts primordiaux, ce qui fait apparaître l’arc-en-ciel des couleurs et des formes, c’est-à-dire l’idée du monde comme œuvre d’art.

L’idée du monde comme œuvre d’art est implicite dans toutes les cosmogonies qui expliquent l’origine du monde par l’acte créateur ou par une série d’actes créateurs. La création, quels qu’en soient les modes, y compris le réarrangement démiurgique d’une matière préexistante, de l’état chaotique en l’état cosmique, ou la transformation du chaos primordial en cosmos; n’est intelligible que par l’analogie avec l’art magique ou avec la magie de l’art.

Il faut admettre que celui qui croit que l’invisible devient visible dans la création et dans l’évolution du monde, croit aussi que l’acte créateur où l’idée se transforme en réalité objective de l’art (et de la magie), est analogue à ce qui se passe dans le monde en formation et en transformation. Il ne peut pas penser autrement à moins d’être matérialiste, et d’arrêter la pensée dans le vestibule de l’édifice de l’intelligible.

La création artistique diffère donc de l’opération magique cérémonielle en ce que celle-ci est plus intérieure que celle-là. Le rapport entre l’art sacré et la magie sacrée revient au rapport entre le Beau et le Bien, entre les couleurs et la chaleur d’une même lumière.

Le Beau, c’est le Bien qui se fait aimer; le Bien, c’est le Beau qui guérit et vivifie. Mais le Bien dont la beauté est perdue de vue se raidit en principes et lois, il devient pur devoir; le Beau qui s’est détaché du Bien et l’a perdu de vue s’assouplit en pure jouissance dépourvue d’obligation et de responsabilité.

L’Arcane le Monde a deux aspects, car de même qu’il y a Art et arts humains; de même il y Art créateur cosmique divin et art cosmique des mirages; de même il y a des extases et des illuminations de l’Esprit-Saint; de même il y a des ivresses de l’esprit de mirage, de ce que l’on nomme en hermétisme chrétien la faux esprit-saint.

À la lumière de l’Arcane du mouvement rythmique, la joie est l’accord des rythmes, tandis que la souffrance en est le désaccord. La joie est l’état d’harmonie du rythme intérieur avec le rythme extérieur, du rythme d’en bas avec celui d’en haut, du rythme de la créature, enfin avec le rythme divin.

Or le monde entier est l’accord de rythmes innombrables. Car la vie est fondée sur la prépondérance de l’accord des rythmes particuliers et non pas leur désaccord. Donc, au fond, la vie est joie.

Même l’ascétisme le plus austère témoigne en faveur de la joie de vive, car il veut épurer le mélange d’après la Chute, il aspire à la joie d’être primordiale et véritable.

Au fond de la dépression et du désespoir qui mènent au suicide se trouve un élément de mécontentement. On ne désespère pas si on n’espère rien.

Les sources de la joie sont plus profondes que celles de la souffrance; le Paradis existait avant le monde de la lutte pour l’existence et la survivance du plus apte. De même que la vie précède la mort, la joie précède la souffrance.

  1. Proverbes VII –La Sagesse Sophia Chokmah était à l’œuvre auprès du créateur, les rythmes du créateur et de la sagesse s’accordent.
  2. Proverbes IX-13-18 et ss Septante. Il y a donc la joie de la Sagesse et la joie de l’ivresse, que le texte de la Septante appelle eau étrangère, cette dernière produit une fausse sagesse qui consiste en mirages. Car il existe dans le monde invisible une sphère de mirages qui constitue le piège principal pour les ésotéristes, les gnostiques et les mystiques, pour tous ceux qui cherchent l’expérience spirituelle authentique. Lügengürtel ceinture de mensonge de Rudolf Steiner ou la sphère du faux Saint-Esprit de l’Hermétisme chrétien. Cette sphère est plus proche de la conscience de soi.

« Les eaux dérobées sont plus douces, et le pain du mystère est plus agréable ». L’appât de la sphère du mirage est donc l’eau dérobée, c’est-à-dire l’élément plastique qui coule et entraîne la conscience dans un courant délicieux d’illuminations et d’inspirations faciles sans que la conscience fasse l’effort moral qui se résume en trois mots : croix, prière et pénitence. La conscience s’y trouve dans un état d’envolée et de liberté qui la dispense de toute loi, de tout devoir de rendre des compte à qui que ce soit, de quoi que soit- comme si la croix n’existait plus – recevant gracieusement des illuminations et libérée de tout souvenir du péché, de tout remords et responsabilité pour ses péchés et ses erreurs passées.

Cette eau dérobée est d’autant plus dangereuse qu’elle inonde l’âme de flots d’énergie psychique sans qu’elle y soit préparée.

C’est le jeu de la sphère de mirage qui est la cause historique du voile du secret, au moyen duquel l’ésotérisme protège les néophytes audacieux, comme il est cause de la méfiance par laquelle le public se protège contre le danger, d’illusion qu’il comporte. Car le chemin de l’expérience spirituelle personnelle et authentique de l’ésotérisme comporte nécessairement l’affrontement de la réalité de la sphère du faux Saint-Esprit.

Les critères qui permettent de distinguer les révélations privées provenant de la sphère du Saint-Esprit, de la sphère des Saints, des Hiérarchies célestes, reviennent à la stricte observation des vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté selon leur lettre et selon leur esprit.

L’esprit chaste cherche la vérité et non pas la joie de la révélation de la vérité. L’esprit pauvre se refusera à boire des eaux dérobées, puisqu’il ne cherche que ce qui est essentiel à la vie du corps, de l’âme et de l’esprit. L’esprit obéissant à l’ouïe spirituelle de la volonté qui permet de distinguer la voix de la vérité des autres voix.

L’obéissance véritable n’est point l’asservissement de la volonté à une autre volonté, mais la clarté morale, la faculté de connaître et de reconnaître la voix de la vérité. Et c’est elle qui rend l’âme inaccessible aux appâts de la sphère du mirage.

La stérilité n’est pas le danger principal de l’envolée intellectuelle, aux dépends du progrès moral et spirituel. Ce danger réside surtout dans la réalité de la sphère de mirage qui est toujours prête à fournir des visions, des illuminations ou des mirages intellectuels.

Un tel mirage intellectuel est d’autant plus dangereux qu’il n’est pas, en règle générale, un mensonge est une illusion pure et simple. Vérité et mensonge sont inextricablement mêlés. Le vrai appui le faux et le faux prête au vrai une splendeur nouvelle.

L’ésotérisme pratique exige au moins la même prudence que la science exacte, mais la prudence qu’il exige est non seulement de nature intellectuelle mais encore et surtout de nature morale. En fait, elle englobe l’homme tout entier avec ses facultés de raisonnement, d’imagination et de volition.

La règle de tout ésotériste devrait être de taire toute illumination ou inspiration nouvelle, afin de lui donner le temps nécessaire pour mûrir.

L’art sacré se fonde sur une science des formes et non pas sur l’élan subjectif du créateur artistique ni sur le sujet comme tel. La purification doit précéder l’illumination et la perfection. L’art sacré exige que l’âme de l’artiste se défasse de ses inclinations et de ses habitudes propres, qu’elle soit pauvre, afin d’être à même de recevoir la richesse de l’Esprit Divin, qu’elle réduise au silence sa propre fantaisie et ses propres prédilections, qu’elle soit chaste, afin de ne pas troubler les eaux limpides coulant de la source divine, qu’elle doit obéissante afin de pouvoir imiter l’Esprit Divin qui opère, c’est-à-dire afin de pouvoir opérer de concert avec lui.

La Lame du XXIIe Arcane du Tarot, Le Monde représente la Danseuse tenant la baguette magique dans une main et un philtre dans l’autre. La baguette, c’est le pouvoir créateur de la réalisation en bas de ce qui est en haut et le philtre est son opposé, il n’est créateur que d’illusion.

Heureux celui qui cherche d’abord la sagesse, car il la trouvera joyeuse ! Malheur à celui qui cherche d’abord la joie de la sagesse joyeuse, car il sera la proie des illusions !

Que celui qui aspire aux expériences spirituelles authentiques ne confonde jamais l’intensité de l’expérience vécue avec la vérité qui se révèle – ou ne se révèle pas par elle.

Le monde spirituel préfère l’inspiration raisonnable, c’est-à-dire le doux écoulement de l’inspiration qui s’intensifie au fur et à mesure que les forces intellectuelles et morales du bénéficiaire croissent et mûrissent. Les éléments d’une grande vérité se révèlent peu à peu jusqu’au jour où l’entière vérité resplendit dans la conscience humaine ainsi préparée. Alors il y aura joie, mais pas cette perturbation d’équilibre qu’est l’ivresse.

Voilà la loi de la baguette de la XXIIe Lame mais c’est bien le contraire qui s’applique au filtre qui donne naissance à des révélations mirages.

La guirlande représente le mouvement immanent de la croissance et les quatre figures symbolisent le mouvement immanent de l’instinct primordial, les quatre éléments, le nom divin le Tetragrammaton IOD-HE-VAV-HE. L’impulsion, le mouvement la formation et la forme sont à l’œuvre partout.

La Sagesse antique a tiré de l’énigme du Sphinx les quatre règles fondamentales de la conduite humaine : savoir avec l’intelligence du cerveau humain; vouloir avec la vigueur du lion; oser ou s’élever avec la puissance audacieuse des ailes de l’aigle; se taire avec la force massive et concentrée du taureau.

Ils sont un, parce que le nom divin le Tetragrammaton, est un, bien qu’il soit constitué des quatre éléments qui représentent ce nom qui est le Char divin. Le Zohar dit que les quatre Hayoth de la vision d’Ézéchiel avait la figure d’un homme.

La guirlande entourait la figure centrale met en relief l’idée de l’immanence à toute passivité (bleue), à toute activité (rouge) et à toute neutralité (jaune, du monde en mouvement des impulsions émanant des quatre Esprits des éléments. Ces trois couleurs signifient les trois modes essentiels de l’énergie – passivité & latence, activité & déploiement, neutralité & harmonie d’équilibre – décrits dans le Bhagavad-Gitâ, VIII , comme les trois qualités, tamas, rajas et sattva, qui sont les trois modes de la manifestation des quatre éléments.

La contexture de la Lame : quatre figures dans les angles, la Danseuse au centre. La guirlande tricolore qui l’entoure représente le stade intermédiaire de l’analyse 1-3-4 ou de la synthèse 4-3-1, c’est-à-dire le progrès des quatre éléments et des trois qualités à l’unité de la quintessence. Les trois regimina de l’alchimie, par lesquels les quatre éléments se transforment et se synthétisent en la quintessence. Ainsi le premier regimen transforme-t-il la Terre en eau, le deuxième l’Eau en Air et le troisième l’Air en Feu.

Pousser plus loin l’analyse et la synthèse de l’Arcane Le Monde amène au système des Arcanes mineurs. Quatre séries de dix Lames numériques, d’un Valet pour Asiah le monde d’action, d’un Cavalier pour Yetzirah, le monde de formation, d’une Reine Briah po, monde de création et d’un Roi, Aziluth monde d’émanation.

Les Arcanes mineurs du Tarot représentent le chemin de la montée de la conscience du monde d’action à travers le monde de formation et le monde de création jusqu’au monde d’émanation. Il y est donc question de quatre degrés, y compris le sommet, de la montée de la conscience, du monde de l’imagerie sensuelle et intellectuelle – Deniers; au monde ou degré de la destruction de l’imagerie ou désert – Épées; afin d’atteindre ce degré de pauvreté d’esprit nécessaire pour devenir le réceptacle de la révélation d’en haut – Coupe; le sommet est atteint lorsque la conscience – Coupe qui reçoit la révélation d’en haut se transforme, en coopérant avec l’action révélatrice – Bâton, activité créative pure.

Le chemin commence dans le monde des Deniers ou Pentacle, C’est le monde de l’imagerie des faits, des constructions intellectuelles et des idéaux imagés. Or ce monde a une double signification. Il signifie d’un côté, la richesse acquise par la conscience, et de l’autre, l’ensemble de ce à quoi elle devra renoncer si elle veut parvenir à la réalité spirituelle.

C’est ce paiement, ce dépouillement de sa richesse d’esprit, qui est celui des Épées. Là, les images valeurs ou Deniers, que l’on a frappés par l’effort intellectuel, moral et artistique, sont détruites, l’une après l’autre dans le même ordre séphirotique que celui dans lequel elles s’étaient formées.

Ce que l’on acquiert par l’observation, l’étude, le raisonnement et la discipline, constitue le degré de préparation ou le monde des Deniers.

Ce monde exposé à l’action du souffle du Réel, constitue le degré de purification, ou le monde des Épées

Ce qui reste après cette épreuve devient la vertu ou faculté de l’âme à recevoir l’illumination d’en haut, monde des Coupes.

Enfin, au fur et à mesure que l’âme s’élève de la réceptivité à la coopération active avec le Divin, elle est admise au degré de perfection, ou au monde des sceptres ou Bâtons.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s